Place de la République 89300 JOIGNY

Joigny fait partie des petites villes de province happées et écharpées par la modernité. Traversée par les reflets d’argent de l’Yonne, tiraillée entre Sens et Auxerre, elle fait partie des villes victimes de la Réforme générale des politiques publiques (RGPP), qui, il y a dix ans déjà, a ordonné la fermeture du tribunal ou du Groupe géographique des armées -qui abritait 400 familles, lesquelles injectaient 600 000 euros mensuels dans l’économie de la ville. Le choc fut rude.

Les entreprises ne se bousculent pas au portillon. Les journalistes traversent Joigny en coup de vent avant de la qualifier de “ville d’art et de misère”.

Comme partout, le vieux centre-ville est à la peine, le chômage fait des ravages, l’intolérance se nourrit du vide et de peurs infondées.

Pourtant Joigny est pleine d’atouts.
D’abord la ville est belle.
Puis elle est multiple.

Comme partout elle abrite une foultitude de personnes énergisantes.
Ces artistes, simples citoyens, artisans, retraités, rêveurs, philosophes du dimanche et magiciens du quotidien, y ont trouvé un havre de paix propice à la création et au repos.

Loin du brouhaha du monde mais en prise avec le réel, ces personnes-là s’enchantent de cette bourgade à taille humaine où chacun se salue en marchant dans la rue.

Elles avaient envie de montrer un autre visage. Joyeux, créatif, iconoclaste, foutraque, profond et humain, tout simplement.

Présentation

Mi-Nuit Blanche est la petite soeur effrontée de la Nuit Blanche parisienne, à la fois un clin d’oeil et un pied de nez. En 2018 elle s’est déroulée le 23 juin de 20h à minuit, dans le quartier de la commune libre de Saint-André, à Joigny.

Des lieux sont ouverts au public pour une déambulation artistique, de l’atelier Cantoisel à l’atelier de Prinsac, d’une maison à une galerie éphémère, en passant par le tribunal aux murs pas ric-rac.

En 2018 la Place de la République a résonné de jazz, et a été l’écrin de sculptures en plein air, tandis que des artistes la traversaient sur leur fil de fer et que l’église a prêté ses murs à des images pas grivoises.

Minuit Blanche est un rendez-vous avec l’art dans tous ses états, ludique, curieux, ouvert à tous, vitaminé, éphémère peut-être, mais qui laisse tout le monde baba !

Nathalie de Laval et Alexandra de Prinsac

Trois questions à Alexandra de Prinsac, artiste-peintre, et Nathalie de Laval, plasticienne, créatrices de l'événement.

D’où vient l’idée d’une Nuit Blanche à Joigny ?

A de P. : Quand je me suis lancée dans la peinture, j’ai vécu dans un squat d’artistes rue de Rivoli à Paris, et j’en ai gardé le souvenir d’un lieu visité, ouvert à mille et une rencontres. Je suis artiste plasticienne à Joigny depuis quinze ans, j’avais à cœur, depuis longtemps, de créer un lien entre les artistes du coin, ceux de la ville, des professionnels du spectacle, et de créer un moment d’échange et d’émerveillement. La Nuit Blanche s’y prêtait bien.

N de L. : Au début, je ne voulais pas faire de nuit blanche, je suis du genre couche-tôt (rires). Puis j’ai rencontré Alexandra qui a su me transmettre son enthousiasme. J’ai eu envie de promouvoir cette ville pour laquelle j’ai eu un véritable coup de cœur il y a quelques années. J’ai eu tout simplement envie de m’investir dans un projet festif et en bonne plasticienne plutôt touche-à-tout, j’avais très envie de monter une soirée autour de l’art.

A de P. : La Nuit Blanche n’existe pas dans les petites villes de 10 000 habitants. Cette manifestation a une connotation parisienne, nous voulions nous l’approprier. Certes pas à la même échelle mais c’est un clin d’œil. Cette Mi-nuit Blanche est une déclaration d’amour à Joigny et au quartier de la Commune libre de Saint-André. C’est comme si nous avions téléporté la FIAC -Foire Internationale de l’Art Contemporain, le rendez-vous annuel très prisé de l’Art Contemporain, à Joigny, pour en faire une fête icaunaise des Arts et de la Culture, une petite FIAC locale, quoi !

A de P. et N de L. : Dans une ville déjà riche en manifestations culturelles, nous avions envie de quelque chose de différente, d’indépendant, de léger et d’enthousiaste, une manifestation qui se jouerait dans une liberté totale, hors des sentiers battus et des codes habituels.

Qui participe à la Mi-nuit Blanche ?

A de P. : Une vingtaine d’artistes de tous horizons. C’est là encore une histoire de rencontres et de coups de cœur. Le public pourra découvrir de la peinture, des sculptures, une performance de funambules, une projection sur la façade de Saint-André, les œuvres de plasticiens, de photographes, …, le tout rythmé par une chanteuse de jazz accompagnée au piano. Certains de ces artistes n’ont jamais exposé et cela leur permet de présenter leur travail à des regards bienveillants.

N de L. : Nous avons réuni des horizons différents, sans barrière, du moment que l’idée est originale et de qualité. Mais toutes ces personnes sont dans le même état d’esprit que nous, c’est-à-dire suffisamment ouvert pour s’investir dans un projet indépendant et un peu foutraque ! Il y a ceux qui ont dit oui, spontanément, sans forcément savoir de quoi il retournait. On a tiré un fil, ça c’est organisé au fil du temps et des rencontres.

A de P. : L’idée principale, c’est de présenter des oeuvres atypiques, sur différents média, à un public jovinien élargi aux adultes comme aux enfants. L’art contemporain est à la fête, lui qui intrigue ou rebute parfois, il descend dans la rue et se rend accessible à tous.

Comment se finance votre manifestation ?

A de P. : Le plus simplement du monde : sans aucune subvention, ni de la ville, ni du département, ni de la région, ni du ministère de la culture !!! Mais avec la générosité des sponsors spontanés, l’engagement de chacun des artistes présents et la gentillesse de certains habitants de Saint-André qui ouvrent leurs maisons. Avec du plaisir et du désir on peut faire beaucoup de choses !

N de L. : Les artistes exposants participent à la communication de l’événement. La logistique te la scénographie sont prises en charge par DL Productions et Aquila, deux sociétés spécialisées dans l’événementiel au niveau international qui nous ont fait la générosité de nous aider pour ce premier rendez-vous culturel et nocturne !